Réflexion: les 4 questions d'Erwan Cloarec

Publié le 5 Janvier 2014

 A toutes et à tous, je souhaite une excellente année 2014. Merci à Erwan, Merci de nous avoir donner la parole afin que tous puissent s'exprimer.

J'apprécie énormément Erwan qui représente à mes yeux un sempaï éclairé. J'ai beaucoup de respect pour cet homme, ses réflexions, sa façon d'aborder la pratique, les pratiques. Je lui trouve une ouverture de cœur et d'esprit remarquable. Et lorsqu'il me demanda de participer à cette expérience, en tout cas vécue comme telle, c'est un OUI du fond du cœur qui me vint. Peu de temps après, c'est avec appréhension que je décidais de mettre moi aussi mon cœur sur la table.

                                1) D'où parles-tu?

Pour ceux qui me connaissent, je parle beaucoup et n'ai pas la langue dans ma poche. Dans la société actuelle, la parole tient une place prépondérante mais qu'en est-il de l'action, des actes? quelle place leur laisse t'on?

De quoi parlons-nous lorsque nous parlons d'Aikido ? question pour le moins compliquée...

Si l'aikido est un art c'est je pense, parce qu'il ne se limite pas à la seule parole et se situe bien au delà des mots. Un art de vivre, une voie riche et noble se suffisant à elle-même remettant la parole à sa juste place.

Si j'en suis venue à pratiquer cette discipline, ce n'est pas par hasard, c'est par conviction intime. Puisse-t-elle m'apporter ce petit "je ne sais quoi" qui me permettrait de me sentir plus libre encore. Une possibilité d'améliorer mon être en continuant d'évoluer sereinement. En tant que "Do" ce que je recherche dans la discipline est une façon de transcender mon être en allant à la rencontre de ce que je suis, d'accroitre  ma sensibilité, d'affiner ma vision de l'autre, de moi-même et dialoguer avec le monde.

C'est pour cela que je décidais il à deux ans maintenant de quitter ma ville natale de province pour monter sur Paris. Une belle prise de risque et je connais à présent l'intérêt d'une telle décision. Si j'ai beaucoup appris sur moi-même et les autres, des questions demeurent: "comment vais-je pouvoir exploiter ce merveilleux potentiel que m'offre l'aikido? quelle est la place des femmes sur les tatamis? comment faire pour apporter aux futurs générations tous les bienfaits dont j'ai moi-même bénéficier grâce à l'aiki et dont ils auront probablement besoin?...." Bref je ne suis pas là d'y arriver...!

J'ai dans mes débuts, ressenti une différence entre certains acteurs du monde martial (tous à vrai-dire) et moi-même. Ayant peu de choses en commun avec la plupart d'entre eux, peur de leur ressembler ou tout simplement ne leur ressemblant pas, je sentais grandir en moi une certaine forme de dualité. Je sais à présent combien il est important d'être soi-même et de croire en soi, source d'évolution pour la discipline.

 Apprendre à se servir de ce que l'on m'offre pour élaborer ma propre création et transmettre moi aussi. Voilà donc tout l'intérêt.

Qu'ai-je appris en venant ici?

En montant sur Paris j'avais bien entendu parcourut du chemin, avec des expériences accumulées, des qualités travaillées, un style et une personnalité. Et même si je suis toujours la même, avant: discipline, prise de recul, prise de risques, connaissance de soi, tenir sa juste place, faire preuve de gentillesse et compassion à mon égard ainsi qu'aux autres... m'étaient des thèmes étrangers. Mais ça c'était avant :-). Merci Krys de m'avoir ouvert les yeux, l'aikido tout comme tes lunettes, est un outil, un art esthétique, une vision de la vie.

 

                              2) Connais-toi toi-même ?

Se connaitre soi même prend du temps! Est-ce jamais fini? Je suis unique mais mes expériences, mes rencontres me tissent un peu chaque jour.

J'ai reçu à la naissance certaines caractéristiques, dès lors je continue d'être façonnée par une éducation, des apprentissages et des rencontres avec d'autres qui sans le savoir m'ont tendu un miroir: qui suis-je par rapport à telle ou telle personne? Interaction incessante et intéressante....

L'autre m'intéresse parce qu'à le contempler, à l'écouter avec ouverture et compassion, il me renvoie à ce que je suis et m'incite à me contempler aussi. A me situer dans ma façon d'être un humain parmi les autres.

Et c'est  avec un peu d'ironie que je me dis qu'il faudrait peut être que je me mette enfin à écouter les autres.

Certains sont forts pour vous dire qui vous êtes... ou pas! J'ai pour l'instant décidé de me faire confiance et d'arrêter d'écouter tous ces "bien-pensants" qui n'aspirent qu'à te dire qui tu es mais qui n'en ont qu'une petite idée.

 

Se pose donc la question de la vision dont je me vois et de la façon dont les autres me perçoivent...Plus de doute Erwan, il est difficile de répondre à tes questions et celle-ci est de loin la plus compliquée à mes yeux. 

Vu que j'apprends à me connaitre, je fais comme beaucoup d'autres, je ne sers que mes intérêts propres. Normal quoi...! je quitte 5 min l'ironie car Je fais partie de ceux qui croient fort en l'empathie, future clef pour l'humanité et suis convaincue de l'importance du va et vient entre mes propres intérêts et ceux des autres.     

Le jour où nous accepterons de donner autant de cachet à ce que "je suis" qu'à ce que sont les autres, de l'empathie, naîtra la compassion, la compréhension et l'amour de notre prochain.

"Et j'ai parfois l'impression que pour me connaître moi-même il faudra t'apprivoiser mon ami. Toi ego, tantôt démesuré tantôt introverti, toi qui participe à ce «je» qui me caractérise tant, je ne t’annihilerai pas. Je t'assume. Je ne vais pas te faire la guerre mais compte te donner la place qu'il te revient. Petite part de moi-même, marchons main dans la main."

Tiens, je ne me connaissais pas poète...!

Et la quête du Graal continue!

                              

3)les ancêtres et les morts ?

Ils sont nos racines et des réservoirs où puiser l'exemple à imiter.

A titre personnel je n'ai jamais connu mes grands parents, mes aïeux. L'un des seuls liens concret qui nous empêche, membre de la famille d'oublier, est ce nom à consonance Bulgare que nous partageons. Bien sûr à travers les quelques discussions familiales, j'ai pu ressentir qui étaient mes ancêtres, mais cela reste du domaine de la supposition. Ce qui est bien avec les suppositions c'est que tout vous est permis. Mes ancêtres sont donc des supers héros prêts à tout pour sauver le monde. Forte de cette fabuleuse lignée, j'ai moi aussi quelques ambitions ;-). 

Mais faut-il vraiment savoir d'où je viens pour savoir qui je suis?

A la manière d'un "garde-fou" ils peuvent nous montrer la direction où aller, libre à nous de les écouter ou de créer nos propres chemins. Faudra t'il certainement s'approprier leurs enseignements pour pouvoir mieux s'en servir et devenir nous-mêmes des racines, plus tard, lorsque nous serons prêts et sans cesse y retourner pour se remettre en question.

J'ai fait un jour une promesse à un mort qui part delà le temps perdure. Dans mes périodes de doutes, je l'invite fort de son expérience, de son parcours de vie, à venir me guider me donnant la possibilité de forger mes propres outils. D'ailleurs, lui qui n'est plus là vit à mes côtés. Huuum, bizarre!

 

                              4) Forger ses propres outils ?

Pour forger il faut qu'il y ait matière, travail, modelage, façonnage, efforts, évolution au sens de transformation. C'est à ce prix que la matière deviendra outil. Pas besoin de gros biscoteaux ou d'une belle moustache, comme sur la photo...:-)

Lorsque nous regardons la définition de forger:

  1. ● en 1er lieu nous avons «façonner un métal de manière à lui donner une certaine forme»,

  2. ● 2: «inventer» ex: forger sa version des faits, en revient à parler d'appropriation amenant à la création.

  3. ● 3:«former par l'expérience» ex: se forger un caractère

 

Ainsi on transforme le fer en métal.

Examinons également l'étymologie du mot forger. Du latin fabricare qui donne aussi fabriquer.

Tel un artisan...

Je serais donc l'artisan de ma propre évolution?

Je pense sans grandes certitudes, qu'il faille avoir un bagage, un apport suffisant pour pouvoir prétendre forger ses outils. Il nous faudra donc un support. Le forgeron utilisera l'enclume comme support. Quelques connaissances seront alors parfaite, comme matière à exploiter, comme produit brut. Il faut donc avoir été élève bien sûr, et plus tard avoir parcourut un certain chemin, en avoir assimilé les richesses à la manière d'une saine nourriture. Le voilà notre support!

Forger ses propres outils n'est donc pas l'affaire du débutant mais l'aboutissement d'un long apprentissage. Une répétition assidue des mêmes gestes d'abord par l'imitation de l'enseignant qui va créer des chemins profondément enracinés dans le corps et l'esprit jusqu'au moment où, une nouvelle pratique, parfois un tout petit "changement", surgira de ce que "je" suis devenu en imitant.

Il faut passer par l'imitation et l'apprentissage pour finir par s'en libérer! 

A ce stade, le travail de l'enseignant, terreau fertile, et le regard bienveillant qu'il pose sur son élève sûr des bases qu'il a données, ce respect des consignes de la part de l'élève va creuser un profond sillon d'où germera la graine riche de nouveauté. 

Réflexion: les 4 questions d'Erwan Cloarec

Une terre profondément labourée est plus riche et donne plus de graines qu'un sol jamais travaillé. Nous somme des pépinières.

Revenons à notre forgeron qui façonne ses outils en fonction de ses besoins. Il apparaît alors clairement que la méthode utilisée sera différente en fonction des individus.

Il appartient à chacun d'apporter une réflexion sur ses propres besoins, sur ses propres capacités, ses envies, ses possibles, ses devenirs....amenant à la connaissance de soi et peut être plus tard à l'autonomie.

L'autonomie premier pas vers la liberté! Ne cessons jamais d'y tendre.

Rédigé par Titema

Publié dans #Réflexion, #Interview

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